Comprendre et apprivoiser la perte du goût et de l’odorat
La perte du goût et de l’odorat désigne une diminution ou une disparition de ta capacité à sentir les odeurs (anosmie, hyposmie) et à percevoir les saveurs (agueusie, hypoagueusie). Elle est souvent liée à une infection ORL, à la Covid-19, à une obstruction nasale ou plus rarement à un traumatisme ou une maladie neurologique.
Si tu lis ces lignes, il est possible que ton café n’ait plus de parfum, que ton plat préféré te paraisse fade ou que tu ne sentes plus ton gel douche. Cette impression de vivre en « noir et blanc sensoriel » est déroutante, parfois angoissante. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des pistes concrètes pour comprendre ce qui t’arrive et mettre en place un plan de récupération pragmatique.
Pourquoi perd-on le goût et l’odorat ?
Dans la majorité des cas, la perte du goût et de l’odorat survient après une infection virale (rhume, grippe, Covid-19) ou à cause d’un nez bouché (rhinite, sinusite, polypes). Elle peut également être liée à un traumatisme crânien, à certains médicaments ou à des maladies neurologiques comme Parkinson ou Alzheimer.

Le goût et l’odorat fonctionnent en duo. Une large part de ce que tu appelles « goût » est en fait l’odorat, via les arômes qui remontent de la bouche vers le nez (voie rétronasale). Quand l’odorat est perturbé, tu continues à percevoir le sucré, le salé, l’amer, l’acide et l’umami, mais les nuances disparaissent. Par exemple, le chocolat reste sucré, mais il perd son caractère « chocolat ».
Les grandes familles de causes :
- Infections des voies respiratoires supérieures (rhume, grippe, Covid-19) qui enflamment la muqueuse nasale et perturbent les neurones olfactifs.
- Rhinite chronique, sinusite, polypose nasale qui bouchent mécaniquement le passage de l’air et des molécules odorantes.
- Traumatisme crânien (chute, accident de voiture) pouvant léser les nerfs olfactifs et entraîner une anosmie parfois définitive.
- Substances toxiques et tabac : certaines vapeurs, solvants et la fumée de cigarette abîment progressivement les cellules olfactives et les papilles gustatives.
- Médicaments (certains antibiotiques, antihistaminiques, traitements contre l’hypertension) peuvent provoquer des altérations du goût et de l’odorat.
- Maladies neurologiques et dégénératives (Parkinson, Alzheimer, sclérose en plaques) qui perturbent le traitement des signaux sensoriels par le cerveau.
- Vieillissement : à partir de 60–65 ans, une baisse progressive de l’odorat est fréquente.
Dans une partie des cas, la perte est brutale (Covid-19, traumatisme), tandis que dans d’autres, elle s’installe lentement. Quand elle dure plus de deux mois, la Haute Autorité de Santé recommande un avis spécialisé ORL et souvent une imagerie (IRM) des voies olfactives.
Comment fonctionne ton odorat en réalité ?
L’odorat repose sur des cellules sensorielles spécialisées dans le nez, reliées au cerveau par le nerf olfactif. Ces cellules captent les molécules odorantes et transforment cette information en signal électrique, qui est interprété par les zones cérébrales des odeurs et des émotions.
Concrètement, quand tu respires une odeur :
- Les molécules odorantes entrent par le nez ou remontent par la bouche.
- Elles se lient à des récepteurs situés sur les cellules olfactives de la muqueuse nasale.
- Ces cellules envoient un message via le nerf olfactif vers le bulbe olfactif, puis vers les zones du cerveau qui gèrent la mémoire et les émotions.
Ces cellules sensibles aux substances odorantes sont particulièrement fragiles, mais elles ont aussi une capacité de régénération intéressante, ce qui explique pourquoi beaucoup de personnes récupèrent leur odorat après une infection virale ou la Covid-19.
| Élément | Rôle dans l’odorat |
| Muqueuse olfactive | Zone du nez où se trouvent les cellules qui détectent les odeurs. |
| Cellules olfactives | Captent les molécules odorantes et déclenchent un signal nerveux. |
| Nerf olfactif | Transporte le signal vers le cerveau. |
| Bulbe olfactif | Première station de traitement des informations olfactives. |
| Cortex olfactif et limbique | Interprètent l’odeur et la relient aux souvenirs, aux émotions. |
Tu peux voir l’odorat comme une interface entre le monde extérieur et ton univers intérieur. Il participe à la sécurité (détecter une fuite de gaz, un aliment avarié), au plaisir (manger, cuisiner, sentir un parfum) et au lien social (odeur de l’autre, souvenirs associés). Perdre cet organe, même temporairement, peut donc avoir un impact psychologique non négligeable.
Perte du goût : qu’est-ce que l’agueusie exactement ?
L’agueusie est la perte totale du goût, tandis que la hypoagueusie correspond à une diminution de certaines saveurs. Tu peux ne plus sentir l’amer ou le sucré, ou avoir une impression générale de bouche « éteinte ».
Le goût repose sur des papilles gustatives situées sur la langue, le palais et la gorge. Elles détectent cinq saveurs fondamentales : sucré, salé, acide, amer et umami. Quand elles sont abîmées (infection locale, brûlure, carence en vitamines) ou lorsque la salive se fait rare (bouche sèche), ta perception gustative se dégrade. La plupart du temps, la perte du goût est cependant liée à l’odorat, ce qui explique pourquoi tu peux retrouver une partie de ton plaisir alimentaire en stimulant ta capacité à sentir.
Une personne peut souffrir d’anosmie (perte d’odorat) avec un goût intact, d’agueusie isolée ou des deux à la fois. Pour évaluer finement ton cas, un ORL peut réaliser des tests d’odorat et de goût standardisés.
Quels symptômes peuvent accompagner la perte du goût et de l’odorat ?
La perte du goût et de l’odorat ne vient presque jamais seule : elle s’accompagne souvent d’un nez bouché, d’écoulements, de fatigue ou de sensations étranges comme des odeurs inexistantes ou des goûts bizarres dans la bouche.
Ce que tu peux ressentir :
- Nez bouché, écoulement, pression dans les sinus, maux de tête.
- Fatigue, fièvre en cas d’infection ou de Covid-19.
- Sensation de bouche sèche qui rend les saveurs moins nettes.
- Parosmies : les odeurs habituelles te semblent déformées, désagréables, comme si le café sentait le brûlé.
- Cacosmie : perception de mauvaises odeurs, comme une odeur de pourri ou de brûlé, sans cause évidente.
- Fantosmies : odeurs fantômes que personne d’autre ne perçoit.
Ces troubles peuvent être très perturbants. Certaines personnes rapportent, après une Covid-19, que le goût de la viande ou du café devient insupportable. Les études soulignent que ces distorsions sont liées à une régénération « désorganisée » des neurones olfactifs, qui finit souvent par se recaler dans le temps.
Pourquoi un goût métallique ou mauvais dans la bouche ?
Un goût métallique ou un mauvais goût persistant dans la bouche n’est pas toujours lié à l’odorat, mais il peut accompagner une agueusie ou une perturbation des saveurs. Il est souvent associé à des médicaments, à des problèmes dentaires ou à une infection ORL.

Tu peux ressentir ce goût étrange pour plusieurs raisons :
- Certains médicaments (antibiotiques, antihistaminiques, traitements pour l’hypertension) modifient la perception du goût et peuvent donner un goût métallique.
- Problèmes de gencives ou caries, qui libèrent des composés dans la salive et modifient le goût.
- Reflux gastro-œsophagien : des remontées acides peuvent laisser un goût amer ou métallique.
- Infection ORL, sinusite ou rhinopharyngite, qui altèrent temporairement l’odorat et donc la perception globale des saveurs.
Pour atténuer ce goût, l’hygiène bucco-dentaire est la base (brossage doux, fil dentaire, hydratation). Si tu es traité pour une hernie hiatale ou des reflux, adapter ton alimentation peut aussi aider, comme le montre notre article « que manger avec une hernie hiatale ».
Quand consulter en cas de perte du goût et de l’odorat ?
Tu peux surveiller quelques jours quand la perte du goût et de l’odorat survient avec un rhume ou une grippe légère. En revanche, en cas de perte brutale, de durée prolongée (plus de 4 à 8 semaines) ou associée à des symptômes inquiétants, une consultation médicale est indispensable.
Tu dois consulter sans tarder si :
- La perte est soudaine, complète et sans cause évidente (pas de rhume, pas de Covid-19 confirmée).
- Elle persiste au-delà de deux mois malgré l’amélioration de l’infection.
- Elle s’associe à des troubles neurologiques (troubles de la mémoire, désorientation, faiblesse d’un membre).
- Tu as subi récemment un traumatisme crânien et tu constates une modification de ton odorat.
- Tu ressens en parallèle des douleurs thoraciques, un essoufflement inhabituel ou une grande fatigue.
Le médecin commence en général par un interrogatoire détaillé (date de début, contextes, médicaments, tabac), un examen du nez, de la bouche et de la gorge, puis, si nécessaire, des tests d’odorat et de goût, des analyses sanguines ou une imagerie (scanner, IRM). En cas de Covid-19, le test PCR ou antigénique reste la référence pour confirmer l’infection.
Que peut-on faire pour récupérer l’odorat et le goût ?
Il n’existe pas de « pilule magique » pour retrouver l’odorat ou le goût, mais un ensemble de mesures qui dépendent de la cause. L’axe principal, reconnu par les ORL, est la rééducation olfactive régulière, combinée éventuellement à des traitements pour désencombrer le nez ou calmer une inflammation.
1. Traiter la cause quand c’est possible
Quand la perte du goût et de l’odorat vient d’une rhinite, d’une sinusite ou d’une polypose nasale, le traitement vise à désencombrer le nez et à réduire l’inflammation.
- Lavage de nez au sérum physiologique pour fluidifier les sécrétions.
- Traitement antibiotique ou antiviral si l’infection le justifie.
- Sprays corticoïdes nasaux prescrits par un médecin pour calmer l’inflammation locale.
- Chirurgie des sinus ou des polypes en cas d’obstruction mécanique importante.
En parallèle, l’arrêt du tabac est toujours une bonne idée pour redonner de l’air à tes cellules olfactives et gustatives, tout en améliorant ton souffle et ton niveau d’énergie.
2. Mettre en place une rééducation olfactive structurée
La rééducation olfactive consiste à entraîner régulièrement ton nez avec quelques odeurs précises. Les études montrent qu’un entraînement quotidien sur quatre à six odeurs pendant plusieurs mois aide les neurones olfactifs à se régénérer et le cerveau à « recoder » les informations.
Voici un protocole simple que tu peux discuter avec ton médecin :
- Choisis 4 à 6 odeurs distinctes (par exemple : café, citron, rose, menthe, cannelle, eucalyptus).
- Deux fois par jour, assieds-toi calmement.
- Ferme les yeux, prends un pot, sens l’odeur pendant quelques secondes, essaie de la nommer.
- Fais cela pour chaque odeur, en restant présent à tes sensations sans te juger.
- Poursuis ce training au moins 4 mois, même si les progrès te semblent lents.
Une brochure des Cliniques universitaires Saint-Luc rappelle que ce processus est lent et nécessite de la patience, mais que de nombreuses personnes bénéficient d’une récupération partielle ou quasi complète avec cette méthode. Tu peux l’intégrer à une routine bien-être plus globale, comme celle que tu mets en place pour apaiser une « gorge qui gratte » ou un point au milieu du dos.
3. Adapter ton alimentation pour retrouver du plaisir
Quand le goût et l’odorat sont diminués, les repas peuvent devenir tristes. Pourtant, tu peux jouer sur d’autres leviers sensoriels pour retrouver un minimum de plaisir alimentaire.
- Miser sur les textures : croquant, fondant, crémeux, croustillant pour stimuler ta bouche autrement.
- Utiliser davantage d’épices, d’herbes aromatiques, de citron, de vinaigre, qui apportent des sensations tranchées même quand l’odorat est faible.
- Travailler les contrastes de température (plat chaud + salade froide) et de couleurs pour impliquer davantage la vue et le toucher.
- Veiller aux apports nutritionnels, notamment en vitamines du groupe B et en zinc, qui participent au bon fonctionnement des cellules nerveuses et gustatives.
Si ton appétit baisse fortement, surveiller ton poids et ta vitalité reste essentiel. Notre article sur « l’IMC normal d’une femme » peut t’aider à comprendre si ta perte de poids est raisonnable ou inquiétante.
4. Prendre soin de ton moral
On parle peu de l’impact psychologique de la perte du goût et de l’odorat, pourtant il est réel. Ne plus sentir l’odeur de ses proches, de sa maison ou de ses souvenirs peut créer un sentiment de déconnexion. Les études montrent un risque accru de tristesse et d’anxiété chez les personnes anosmiques.
Quelques pistes :
- Parler de ce que tu vis à tes proches pour éviter l’isolement.
- Noter dans un carnet les petites améliorations (même minimes) de ton odorat, pour garder une trace de tes progrès.
- Maintenir des rituels de plaisir indépendants des odeurs : musique, lecture, contact avec la nature.
- Consulter si tu te sens dépassé, comme tu le ferais pour un « chagrin d’amour insurmontable ».
Cacosmie, mauvaise odeur dans le nez : que faire ?
La cacosmie correspond à la perception de mauvaises odeurs (putrides, de brûlé, de moisissure) souvent liées à une infection chronique du nez ou des sinus, à des sécrétions stagnantes ou à des lésions de la muqueuse.

Si tu sens en permanence une mauvaise odeur dans le nez :
- Consulte un ORL pour rechercher une sinusite chronique, des polypes ou une cause locale. Un traitement ciblé (lavages, antibiotiques, chirurgie si besoin) peut faire disparaître la cacosmie.
- Ne multiplie pas les huiles essentielles agressives directement dans le nez : elles peuvent irriter davantage une muqueuse déjà fragilisée.
- En cas de cacosmie sans cause ORL évidente, un bilan plus général (neurologique, métabolique) peut être proposé.
FAQ : tes questions sur la perte du goût et de l’odorat
Pourquoi je sens des odeurs qui n’existent pas ?
Sentir des odeurs que personne d’autre ne perçoit correspond à des fantosmies. Elles peuvent survenir après une infection virale, une sinusite chronique ou des lésions du système olfactif. Le cerveau « interprète » mal certains signaux. Même si c’est déroutant, ces odeurs fantômes sont souvent transitoires. Une consultation ORL permet de vérifier qu’il n’y a pas de cause grave, et un entraînement olfactif peut aider à réorganiser les perceptions.
Quelle est la différence entre anosmie et agueusie ?
L’anosmie désigne la perte totale de l’odorat, tandis que l’hyposmie correspond à une diminution de l’odorat. L’agueusie est la perte du goût, et l’hypoagueusie une baisse de certaines saveurs. Dans la vie de tous les jours, on confond souvent les deux, car une anosmie donne l’impression de « ne plus rien goûter ». Pourtant, les mécanismes et les prises en charge ne sont pas totalement identiques.
Combien de temps dure la perte du goût et de l’odorat après une Covid-19 ?
La plupart des personnes retrouvent leur goût en deux semaines environ, alors que la perte d’odorat peut durer plus longtemps, parfois plusieurs mois. Les hôpitaux universitaires rapportent que, dans certains cas, les troubles peuvent persister jusqu’à trois ans, même si le manque de recul ne permet pas un pronostic exact. L’odorat possède toutefois une bonne capacité de régénération, et la rééducation olfactive augmente les chances de récupération progressive.
Pourquoi j’ai la bouche amère alors que mes examens sont normaux ?
Un goût amer persistant avec des examens rassurants peut venir d’un reflux discret, d’un médicament ou d’une modification de la salive. Le stress joue aussi sur la perception du goût. Tu peux noter quand ce goût apparaît (après les repas, la nuit, en période de tension) et en parler à ton médecin. Adapter ton alimentation, veiller à l’hydratation et travailler sur la gestion du stress, par exemple via la respiration ou la sophrologie, peuvent déjà soulager une partie des symptômes.
Comment enlever un goût métallique dans la bouche ?
Commence par vérifier ton hygiène bucco-dentaire et prends rendez-vous chez le dentiste, surtout si tu n’y es pas allé depuis longtemps. Ensuite, regarde si un médicament récent pourrait être en cause et parle-en à ton médecin. Au quotidien, bois suffisamment, évite le tabac et privilégie des aliments frais, peu transformés. Des cures courtes de zinc ou de vitamines peuvent parfois être proposées en cas de carences, mais elles doivent se discuter avec un professionnel.
Peut-on vivre normalement sans goût et odorat ?
Vivre sans goût et sans odorat demande des ajustements, mais beaucoup de personnes finissent par trouver un nouvel équilibre. La vigilance doit être renforcée pour la sécurité (gaz, fumée, aliments périmés). Le plaisir doit être réinventé par d’autres sens : vue, toucher, audition. Sur le plan émotionnel, être accompagné et mettre en place des routines qui te relient à ton corps peut vraiment t’aider. Même quand la récupération semble lente, la plasticité du système olfactif laisse la porte ouverte à des progrès futurs.
À retenir pour aujourd’hui
La perte du goût et de l’odorat est souvent réversible, surtout après une infection virale. Tu peux agir à deux niveaux : traiter la cause avec ton médecin et entraîner ton nez au quotidien. Garde en tête que chaque petite amélioration est une victoire, et que ton corps sait parfois retrouver la route, à son rythme.
Pour aller plus loin, tu peux explorer des ressources comme le Manuel MSD, les fiches des Hôpitaux universitaires de Genève ou les recommandations de la Haute Autorité de Santé, et les adapter avec ton médecin à ta situation personnelle.
